FANZINE PHILOZOPHIE par Manu Berk

 

La force du fanzine vient de sa propre fragilité. Il convoque de multiples énergies aux styles variés, et crachent sur papier toutes les pensées du possible, sachant sa durée de vie ephémère. La censure concerne peu les fanzines, et le style libertaire devient la substance de l'objet. Objet expressioniste et baroque, le fanzine est ce petit objet qui contient en lui même le magma de la subversion. Il faut donc parfois bien fouiller pour le saisir dans son ensemble. Le fanzine n'est pas là pour décorer (même s'ils gagnent de plus en plus en « esthétisme »), il est là pour dévorer. IL hurle, il chante, et crie à la jouissance créatrice. Il incarne ce petit traité hédoniste pour créateurs singuliers qui osent encore lui donner naissance. Le fanzine vient d'en bas, il est fait pour et par le peuple. Il est l'agitateur de la base.
 

« Les petites choses jouissives sont des bons remèdes aux grandes choses désespérantes » avance Georges Picard. Voilà une pensée qui résume bien la philosophie du fanzine. Le fanzine est cette petite chose qui incarne bien le vacarme silencieux de la jouissance contre le silence ténébreux du désespoir. Les graphistes déploient leurs armes imaginaires et tentent de s'attaquer aux pages vides et blanches. L'encre griffe le papier et laisse transparaître ses défauts, ses traces, ses bavures. Le papier meurtri devient alors le support du vacarme. Il devient l'image. L'image d'un geste, prolongement d'une pensée abrupte et généreuse. Voilà, le fanzine qui apparaît. Il est là, sur plusieurs pages, il s’agrafe, et se distribue au bouche à oreille, au coin d'une rue, dans un lieu particulier. Il est indépendant et cherche son autonomie jusqu'à sa diffusion.


Ce petit objet mystérieux aurait bien intrigué un Jérôme Bosch ou un Caravage d'un autre temps. Aujourd'hui il convoque les curieux de tous bords, et invite le public à créer le sien. Le fanzine est plus personnel, plus participatif et bien plus plus dangereux qu'un bulletin de vote !